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13 mai 1958 : Alger se révolte

 

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Le 13 mai 1958, les Algérois d'origine européenne en appellent au général de Gaulle pour maintenir la souveraineté de la France sur l'Algérie. L'insurrection va avoir raison de la IVe République ... et inutilement prolonger la guerre d'Algérie en mettant fin aux espoirs nés quelques mois plus tôt.

Sabotage d'une solution politique par André Larané

Le 8 février 1958, l 'aviation française, lancée à la poursuite de fellaghas algériens, a bombardé le village tunisien de Sakhiet. L'attaque a fait 70 morts dans la population civile. En guise de représailles, le président tunisien Habib Bourguiba bloque la base française de Bizerte et en appelle à l'ONU.

Le gouvernement de Félix Gaillard suggère de faire appel à une mission de bons offices anglo-américaine. L'Assemblée désavoue son initiative et il doit démissionner.

Pierre Pfimlin, député MRP (chrétien-démocrate) de Strasbourg, est pressenti pour remplacer Félix Gaillard à la présidence du Conseil. Mais il est soupçonné de vouloir négocier un cessez-le-feu avec les rebelles du FLN qui luttent pour l'indépendance de l'Algérie. L'armée française d'Algérie a mauvaise presse. Une campagne d'opinion dénonce les tortures exercées par les parachutistes du général Jacques Massu dans la région d'Alger.

Dans ce contexte troublé, les gaullistes qui militent corps et âme pour le retour du général de Gaulle au pouvoir encouragent les pieds-noirs à la sédition. Ils laissent entendre que le Général est la personnalité la mieux placée pour maintenir les trois départements algériens au sein de la République.

Les gaullistes les plus en vue sont le sénateur et polémiste Michel Debré, qui publie Le Courrier de la colère pour défendre l'Algérie française, et le député et anthropologue Jacques Soustelle , partisan d'octroyer aux musulmans les mêmes droits qu'aux autres habitants du pays.

Le 10 mai 1958, Alain de Sérigny, directeur de l' Écho d'Alger , publie un éditorial où il en appelle à de Gaulle pour sauver l'Algérie française que les partis traditionnels et le prochain gouvernement s'apprêtent à lâcher : «Je vous en conjure, parlez, parlez vite, mon général...»

Vrai-faux coup d'État

Le 13 mai 1958 est le jour de l'investiture de Pierre Pfimlin. À Alger a lieu une manifestation d'anciens combattants à la mémoire de trois militaires du contingent faits prisonniers par les fellaghas et fusillés en Tunisie.

Profitant de la manifestation, les partisans de l'Algérie française donnent l'assaut au bâtiment du gouvernement général sous la conduite de Pierre Lagaillarde, un leader étudiant. Après la mise à sac du gouvernement général, les émeutiers nomment un Comité de salut public.

Le général Jacques Massu, qui a reçu de Félix Gaillard les pleins pouvoirs civils et militaires à Alger, en accepte la présidence. Il envoie à Paris un télégramme : «... exigeons création à Paris d'un gouvernement de salutpublic, seul capable de conserver l'Algérie partie intégrante de la métropole» . Les députés, qui n'apprécient pas cette intrusion, investissent comme prévu Pierre Pflimlin. C'est la rupture avec Alger.

Le 14 mai, à 5 heures du matin, Massu lanceun nouvel appel : «Le comité de salut public supplie le général de Gaulle de bien vouloir rompre le silence envue de la constitution d'un gouvernement de salut public qui seul peut sauver l'Algérie de l'abandon» .

Le lendemain, 15 mai 1958, le général Raoul Salan, qui commande l'armée en Algérie, prononce une allocution devant le comité de salut public, à l'intérieur du Gouvernement général d'Alger : «Vive la France , vive l'Algérie française, vive le général de Gaulle !»

Puis il se rend sur le balcon et s'adresse à la foule rassemblée sur le Forum : «Nous gagnerons parce que nous l'avons mérité et que là est la voie sacrée pour la grandeur de la France. Mes amis, je crie : «Vive la France ! Vive l'Algérie française!»... Puis il se retourne vers l'intérieur mais se heurte à la haute silhouette du gaulliste Léon Delbecque qui lui souffle : «Vive de Gaulle, mon général !» Revenant vers le micro, Salan reprend la phrase: «Vive de Gaulle!»

Les dés sont jetés avec cet appel public au Général, éjecté de l'activité politique en 1947 mais toujours très désireux de donner à la France des institutions plus stables que la IVe République.

De Gaulle, le retour De sa retraite de Colombey-les-deux-Églises, de Gaulle fait répondre le jour même qu'il se tient prêt à «assumer les pouvoirs de la République ».

Le 19 mai, il donne une conférence de presse pour dire qu'il refuse de recevoir le pouvoir des factieux d'Alger. Aux journalistes qui s'inquiètent de l'éventualité d'une dictature, il lance : «Croit-on qu'à 67 ans, je vais commencer une carrière de dictateur ?» . Plus que jamais, les parlementaires rejettent la perspective de confier la République à de Gaulle.

Mais c'est sans compter avec les rebelles d'Alger et les manoeuvriers gaullistes. Le 24 mai, le bruit se répand que des parachutistes venus d'Algérie ont sauté sur la Corse.

Dans les faits, un député corse, Pascal Arrighi, a fait dans la nuit le voyage d'Alger à Ajaccio pour rallier l'île aux gaullistes. A son instigation, quelques poignées d'hommes du 1er bataillon de parachutistes de choc basé à Corte et Calvi se sont rendus à Ajaccio où ils ont désarmé les gendarmes et occupé la préfecture. Les rebelles utilisent habilement la radio pour faire planer sur la métropole la menace d'un débarquement militaire et d'une guerre civile (n'est-ce pas en Corse qu'a débuté la Libération du territoire en 1943 ?).

Le 27 mai, à midi, de Gaulle affirme dans un communiqué qu'il entame le processus régulier pour «l'établissement d'un gouvernement républicain» . Stupeur dans la classe politique. Serait-ce un coup d'État ?

Pour dénouer la situation, René Coty, le président de la République , se résout le 1er juin, dans un message au Parlement, à en appeler au «plus illustre des Français... Celui qui, aux heures les plus sombres de notre histoire, fut notre chef pour la reconquête de la liberté et qui, ayant réalisé autour de lui l'unanimité nationale, refusa la dictature pour établir la République » .

Le général forme sans attendre un gouvernement de rassemblement avec Guy Mollet, chef de la SFIO (parti socialiste), Antoine Pinay (Centre National des Indépendant, droite), Pierre Pflimlin, MRP (chrétien démocrate), Michel Debré (gaulliste),...

Le 4 juin, devant la foule rassemblée sur le Forum d'Alger, il proclame une formule fameuse: «Je vous ai compris. Je sais ce qui s'est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c'est celle de la rénovation...»

Il évoque dans le même discours les dix millions de Français d'Algérie : «des Français à part entière dont les droits, quelle que soit leur communauté d'origine, sont égaux» .Il s'ensuit des flottements chez les membres du comité de salut public qui se demandent si le G énéral ne veut pas saborder leur projet en promettant uneintégration impossible de tous les musulmans.

Mais le 6 juin, l'enthousiasme des pieds-noirs est à son comble quand ils entendent à Mostaganem le général de Gaulle : «Vive Mostaganem ! Vive l'Algérie française ! Vive la République ! Vive la France !».

Investi de la présidence du Conseil, le général Charles de Gaulle s'attelle à la mise sur pied d'une nouvelle Constitution. Elle est approuvée par référendum le 28 septembre 1958 avec 79,2% de Oui et toujours en vigueur.

Le 21 décembre 1958, Charles de Gaulle est élu président de la République et de la Communauté française par un collège électoral. C'est le premier président de la Ve République.

Séquelles du 13 mai :

Sur le coup d ' État du 13 mai 1958,on peut retenir la conclusion du sociologue Raymond Aron : «J ' écris au mois de mars 1962. Il y a trois ans et demi une République était abattue parce qu ' elle était incapable de garder l ' Algérie à la France. Les fondateurs de la République suivante ont obstinément poursuivi la politique dont ils accusaient les hommes d ' hier de nourrir la velléité. Mais s ' il fallait crier "Algérie française" pour ramener le général de Gaulle au pouvoir et si ce retour à l ' Élysée du solitaire de Colombey était indispensable au bien public, ceux qui ont abusé leurs fidèles et trompé le peuple sur leurs objectifs, n ' ont-ils pas finalement déshonoré leur nom et servi l ' État ?».

Le Comité de salut public d'Alger

Le 13 mai 1958 à Alger , les manifestations organisées pour saluer la mémoire de trois soldats français exécutés par le FLN et pour s'opposer à la formation à Paris d'un gouvernement présidé par Pierre Pflimlin tournent à l'émeute.
L'armée fraternise avec les manifestants .
Un Comité est constitué sous la direction du général Massu qui adresse au président de la République , René Coty, un télégramme exigeant la création à Paris d'un gouvernement de salut public.

 

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