De quelques faits
Par Arthur Adamov. Extraits.
« On m ' a reproché à plusieurs reprises de ne pas écrire une pièce sur la guerre d ' Algérie. Je n ' y peux rien, je ne m ' en sens pas capable. Il me faudrait pour cela avoir des connaissances que je n ' ai pas, que j ' aie, sinon vécu là-bas et participé à la lutte, du moins recueilli une documentation, pas seulement théorique, suffisante. Je n ' ai pas la moindre envie de mettre en scène le méchant parachutiste face au bon Algérien ou, ce qui est pis encore, au « choeur des Algériens ». De plus, toute pièce, j ' entends toute pièce large, traitant de la guerre d ' Algérie, doit évoquer non seulement les assassinats en série, les tortures et les « exactions » de toutes sortes, mais aussi, je dirais presque mais surtout, la situation économique et politique qui a rendu possibles toutes ces choses. La main-d ' oeuvre à bon marché, ou même gratuite, tel est le phénomène à dénoncer avant tout, la première cible. »
« Le temps est passé de ne montrer qu ' un seul aspect de la vie », écrivait Sean O ' Casey. Je crois comme lui que ce temps est passé et qu ' un théâtre résolument moderne doit se référer à toutes les investigations et acquisitions des temps modernes. Quelles sont-elles et de quel ordre ? De plusieurs ordres : économique, politique, social, psychologique (je reviendrai sur ce dernier terme, si vague et usité de tant de manières qu ' il a fini par perdre sa signification) et psychopathique aussi. »
in THEATRE POPULAIRE n°46 (1962)
