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Textes Théoriques

JOURNAL DE TRAVAIL...

 

 

 

...où est le théâtre quand le théâtre s'empare de l'actualité ?

 

Ce journal suit la démarche de travail du chantier des professionnels. Il renvoie à différents textes et recherches que vous pourrez trouver dans la rubrique Matériaux. La période de travail est de mars à juin 2007. Pour plus de lisibilité, vous pouvez télécharger ce document au format word d'un clic.

 

2 mars 2007  : choisir, décider…

Une nouvelle question : celle du théâtre et du politique chez Adamov et de son traitement théâtral aujourd'hui  ?

Un propos de référence d'Arthur Adamov : "De quelques faits" et "Propos sur le théâtre politique".

Un champ de matériau ouvert au choix :

° Textes d'Adamov : « Intimité » (juin 1958), « Je ne suis pas Français » (juillet 1959), « La Complainte du ridicule » (septembre 1958) in « Théâtre de Société »  ; « Les Apolitiques » in La Nouvelle Critique 1958 et aussi parmi les grandes pièces :  « Sainte Europe »  ou encore :  « Off limits »

° Texte de Brecht : « Grand'Peur et misère » les scènes 13-24-19 qui pourrait ouvrir un champ de travail de questionnement des formes théâtrales brechtienne et adamovienne

° Agit'Prop : un extrait d'une pièce d'Agit Prop : «  L'heure de la Russie » ;

° Et plus proche de nous   : d'Armand Gatti  : «  V comme Vietnam » ou encore Kateb Yacine :  « L'homme aux sandales de caoutchouc »

° En texte référence et une « reconstitution » de Lars Kleberg :  « Les apprentis sorciers : Compte rendu de la discussion qui eut lieu à Moscou, le 14 avril 1935, à l ' occasion de la tournée en Union soviétique de l ' acteur chinois Mei Lan-fang »

Pour décider :

  • Centrer l'approche du « théâtre de société  » d'Adamov – en regard à l'Agit Prop et à Brecht ( Grand'Peur) et en perspective « Sainte Europe » d'Adamov lui-même et centrer le travail sur de la forme, des formes. Quel traitement de l'actualité propose Adamov  dans ses « scènes d'actualité »? Et, quant à nous, aujourd'hui, en reprise de cette question, qu'est-ce que nous allons (voulons) raconter et comment allons-nous le raconter ? Autrement dit : quelle forme de la forme adamovienne pour raconter quoi ? 
  • Se donner une méthode pour aller le plus loin possible dans la recherche de laboratoire engagée ensemble, « metteur en scène absent ». Mener un va-et-vient patient et précis entre le travail à la table et le travail de mise en jeu sur le plateau. Arrêter une piste dramaturgique, la confronter au travail de mise en jeu jusqu'à aboutir à une proposition qui mette en mesure d'en éprouver la justesse ( ou non). Reprendre une autre piste et l'expérimenter de même… et donc se donner du temps !

9 mars 2007  : premiers essais

Première lecture à table de : « Je ne suis pas Français » ( A. Adamov- juillet 1959) - Comme tout semble simple, limpide, transparent ! Tout semble joué !

Première tentative de « se jeter sur le plateau et dans le jeu »  : on voit rien, on n'entend rien, on ne montre rien de ce qu'une première lecture semblait faire voir et entendre !

Retour à table pour l'élaboration d'une première piste dramaturgique  et qui traverse les 3 Tableaux : COMMENT FRATERNISER ?

Piste pour une mise en jeu du Premier Tableau  :  

 Allons enfants / Français-Algériens, Pieds noirs et musulmans / Militaire et population civile / Le jour de gloire est arrivé / FRATERNISONS !

23 mars 2007 : tenter de mettre en forme…

Choix de construire tableau par tableau un Monument de la Fraternité, de l'Egalité, de la Liberté  ; une composition évolutive où le texte, le dit, le joué, contredisent, font écho-contre écho aumonument.

Essai pour le Tableau 1 :  «  Monument de la Fraternité ! »

Questions :

*Tous les personnages sont-ils dans le Tableau? L'Algérien est-il « intégré » au monument dès le départ ?

*Par qui et comment sont dites les didascalies ?

*Et, question ultime : mais qui donc compose/ a composé ce monument ? pour quelle commémoration ? ou dé-commémoration ??

05 .04. 2007 – Courriel du Groupe Visions –

Notre parcours est le suivant: nous avons lu chacun "je ne suis pas français" et nous avons à l ' unisson senti que le propos était tellement centré sur l ' Algérie et le contexte de l ' époque que nous nous sentions peut capable d ' aller plus loin dans ce sujet. De plus la forme nous a semblé dépassée: mettant tous les méchants d ' un côté et les gentils de l ' autre... nous avons sentis le besoin d ' aller de front dans l ' exploration, c'est à dire écrire nous-mêmes sur un sujet d ' actualité et lié à "Je ne suis pas français" c'est à dire sur la question de l ' identité. Nous allons donc présenté un petit montage de tous les textes écrits ensemble. La seule note d ' intention pour chacun était: qu ' est-ce qui me touche vraiment, moi, aujourd ' hui. Ecriture collective donc, ou plutôt montage collectif. Un zapping entre saynètes et textes rythmés et variés. Comme une télé d ' actualité... afin d ' éviter l ' uniforme-ité! ( Adeline Kohl )

6 avril 2007  : un 1 er Canevas…

Quelques documents en ligne et connexes : Querelle pour une statue / 17 janvier 1957 : la bataille d'Alger / 13 mai 1958 : Alger se révolte / Propos sur le théâtre politique.

° Composer le Monument commémoratif de la Fraternité franco-musulmane : d'un Militaire (le Sergent Para) et de l'Algérien qui se « serrent la main » devant un drapeau français.

° Les deux journalistes « étrangers » ( ceux du tableau 3) seraient présents à chaque tableau – en « reportage » pour les auditeurs – spectateurs, ils diraient les didascalies ;

Premier Tableau 

Les journalistes annoncent les « heures révolutionnaires » de Mai 58 à Alger. Ils présentent la famille Pied-Noir. Elle arrive dans le square du Monument. ( Jeu de béret-jeu de para)

Le Papa invective l'Algérien qui reste figé ; Jeannot a un fusil-jouet ? Il joue avec.

Le Sergent Para du Monument ( qui reprend l'ensemble du texte des 3 paras) parle et s'anime jusqu'à «  Et sans rancune messieurs-dames » puis se remet en position figée initiale.

Dissensions dans la Famille Pied-Noir .

Tableau II

Les journalistes – toujours en reportage - annoncent la suite des événements ;

Le Para 1 puis le Para 2 cernent l'Algérien du Monument. Le Sergent Para du Monument s'anime et leur rappelle la fraternisation et s'adresse « fraternellement » à l'Algérien. Puis se fige à nouveau dans sa pose initiale. Les 2 Paras obtempèrent à leur manière.

Tableau II

Bien du temps a passé. Le monument est toujours là. John – pour ne pas dire Laurel - et Harry, deux journalistes anglais (re) viennent dans le square du Monument. Ils commentent. Ils interviewent l'Algérien du monument qui finit par répondre : « Je ne suis pas Français ».

Un autre Algérien – aujourd'hui – passe . Interview. Réponse : « Je ne suis pas Français ».

Et flotte le drapeau français. Et chante la Marseillaise.

Commentaires :

  • La pièce «d'actualité » liée par proximité aux événements-mêmes évoqués dans « Je ne suis pas Français » que raconte-t-elle plus ou moins en rapport à aujourd'hui ? Est-il déterminant et nécessaire de savoir exactement - pour éclairer et parler aujourd'hui - ce qui s'est passé le 13 mai 1958? en Algérie ? Quelles « représentations » veut-on prioritairement questionner ?
  • Ce qu'il est intéressant à saisir de la « structure adamovienne », ce sont – bien davantage que les rapports à une supposée véracité historique –les « rapports d'intensité » chaque fois instaurés à ce qui veut se montrer ; 
  • Le choix d'un monument – nécessairement « figé » - qui commémore est intéressant en ce sens :

- qu'il éloigne du temps où les événements ont eu lieu ;

- qu'il permet des regards et des sentiments divers qui sont portés sur lui.

07.04. 2007 – Courriel-réponse au Groupe Visions par Jean-Michel Nest

Avec André Steiger , nous pensons que votre « entrée » peut devenir très intéressante. Je vais essayer de m ' expliquer clairement.
A Strasbourg nous avons décidé de travailler, de nous concentrer sur "/Je ne suis pas français/", d ' Adamov. En 1958, elle participait de ce qu ' on pourrait appeler une pièce, d ' actualité et de ce que l ' on a pris l ' habitude d'appeler du théâtre documentaire ("/Le vicaire/" de Hochhuth, L ' /instruction/ de Peter Weiss par exemple. Aujourd ' hui, "/Je ne suis pas Français/" n'a plus ce rapport à l ' actualité. La travailler aujourd ' hui revient à la travailler comme toute autre pièce de théâtre. De métonymique est devient métaphorique. Et il faut se demander: que peut nous raconter cette "fable" aujourd ' hui? C'est l'option que nous
avons prise à Strasbourg
Quant à votre choix de d'écriture, voilà notre proposition : Recontextualiser le propos générique de la pièce d ' Adamov : "/Je ne suis pas français/". Qui serait Un "je ne suis pas Français"? Un africain? Un libanais? Un exclu de la société bien français de "souche" A vous de choisir le "je ne suis pas". A vous de choisir le cadre de la fable et de la relocaliser? Ça se passerait où? En France? En Polynésie? Quels seraient les 3 lieux ?
Bref, garder la structure de la pièce, sa durée, son économie générale.
Cela devrait nous permettre de tenir une digression très intéressante.
Et nous serions vraiment dans un propos adamovien. Par exemple: dans /la Politique//
des restes/, Adamov a repris l ' observation clinique faite par le Docteur Minkovski (la structure) et l ' a située en Afrique du Sud, en imaginant un malade appartenant à la couche favorisée qui passe de la frayeur des restes à la frayeur…. des laissés pour compte : un noir.
Et par exemple, sa pièce, /Off limits/, par quoi échappe-t-elle au " reportage squelettique, au tableau de mœurs hésitant"? (article de Gilles Sandier joint).

Le théâtre d ' actualité, le théâtre contemporain qui se saisit de l ' actualité peut-il être politique? Et si oui, à quelle condition? En quoi la fresque de Sainte Europe est-elle politique? Il ne s ' agit d ' hypothèses, que d ' hypothèses, pour dire que si nous tenons ce propos : Associer Le "/Je ne suis pas Français/" de 58 d'Adamov et une tentative d ' un "/Je ne suis pas Français/" de 2007, de l ' avis d ' André cela nous permettrait de proposer une digression intéressante.

13 avril 2007  : Jouer le monument ? questions…

Réflexion dramaturgique  :

Le MONUMENT de la FRATERNISATION FRANCO-MUSULMANE comme construction symbolique, idéologique universelle mais remplie d'un contenu particulier, fait d'intérêts contradictoires. Ce monument de la fraternisation symbolise un « universel vide ». C'est le spectateur qui lui donne sens à partir des signes du particulier qui lui sont proposés. De plus ce qui se joue autour de ce Monument «  mine » ce symbole, cette représentation idéologique.

Cette réflexion dramaturgique en référence à ce que pointe Slavoj Zizek dans «  Le sujet qui fâche »

° A savoir que toute notion désignant une universalité «  ne peut être symbolisée que sous l'aspect d'un signifiant vide hégémonisé par un contenu particulier.  »

Ainsi «  le nom de solidarité (- porté par la force d'opposition dissidente dans les anciens pays de l'Est - ) a été le signifiant par excellence de l'impossible plénitude de la société : communistes, nationalistes, agriculteurs artistes et intellectuels, ouvriers, chacun avec ses intérêts contradictoires était lié à cette « plénitude absente  ».

° A savoir qu'il nous faut considérer trois niveaux : «  L'Universel vide ; le contenu particulier qui hégémonise l'Universel vide, et l'individuel, l'excès qui mine de contenu hégémonique ».

Mise en jeu / Notes :

…Les tableaux 1 et 2 se jouent autour du monument de la Fraternisation (le militaire et l'algérien) sans drapeau / Jeu entre Papa, Maman et Jeannot et dans le rapport au monument : à préciser dans le sens où il « mine » le propos de la fraternisation universelle / Idem pour le jeu des deux paras entre eux et avec le Sergent para du monument.

…Les tableaux 1 et 2 à traiter comme des documents d'actualité tels qu'ils étaient/sont présentés par la radio : un seul « journaliste » français ( distinct des 2 journalistes anglais du tableau 3) pour dire les didascalies ( style voix nasillarde de commentateur d'actualité émission style « grenier de la mémoire » France Culture)

A chercher pour une éventuelle « bande son » : discours de De Gaulle en référence au 13 mai 1958 ; discours commémoratif d'aujourd'hui ( Chirac, Villepin…?)

…Le Tableau 3  se joue toujours autour du monument de la Fraternisation. Délibérément aujourd'hui. Un jeune « algérien » (jeune cadre français ? jeune gars / fille des cités ? ( fils / petit fils de harki ….?) vient planter un drapeau français sur le monument °°, tandis que deux journalistes anglais venus pour un reportage pour la commémoration « font les clowns » devant le monument. Ils posent leur question à l'algérien du monument qui ne répond pas. Ils posent la même question au jeune gars qui regarde le monument avec le drapeau qu'il y a planté  qui répond : « Je ne suis pas français…. » avant de s'en aller.

Le drapeau apparaîtra à l'arrière du Monument dès le début du tableau comme une sorte de marionnette. Le drapeau sera planté au moment précis où le journaliste aura obtenu la non-réponse de l'algérien du monument. Ce sera un moment de suspens qui verra apparaître le jeune « algérien » d'aujourd'hui qui se placera devant le monument .

20 avril 2007  : Où il est question de l'arrangement…

L'arrangement comme quête et enquête pour donner une forme à l'exposition scénique singulière en vue d'une libre interprétation du spectateur . ( Jean-Michel Nest )

Lire : l'arrangement : André Steiger dans L'aveu de théâtre :

Travail de la séance : A partir de l'esquisse à grands traits des trois tableaux – cf séances précédentes - faire un travail d'extrême précision dans l'arrangement, dans le dessin des personnages, dans la mise en forme.

Complément dramaturgique : En regard aux éléments de la mémoire historique ( cf doc. Du 13 mai 1958, de la guerre d'Algérie…) qui éclairent notre monument de la fraternisation franco-musulmane en ce qu'elle a été « forcée », comment rendre visible, lisible – théâtralement - cette tension entre le forcé et la fraternisation ?

Sur le travail de « précision » du Tableau 1

° importance du traitement de Jeannot : pas un sale gosse capricieux mais un gamin qui échappe au consensus ambiant de la fausse fraternisation.

° importance du jeu non naturaliste des parents en rapport avec la statue et pas focalisé sur le gamin pour donner à lire leur position politique ;

° importance du traitement du monument qui lui aussi est dans la « tension » il bouge et se modifie.

Séquence 1 :

Un « monument » entièrement recouvert d'un tissu ( tulle ? ou parachute ?...)

Un gamin, Jeannot, joue tout seul à la guerre. Il porte un béret vert et joue avec son fusil-jouet. Il s'approche de la statue et dévoile juste la tête du Sergent Para avec son béret rouge. Surprise. Etonnement. Il montre du doigt le béret rouge.

Séquence 2 :

Voix du journaliste Grenier de la mémoire ( au micro)  : Alger, mai 1958. En d ' autres termes, les heures « révolutionnaires ».Une rue d ' Alger. La famille Pied-Noir se promène. Elle se compose de Papa-Pied-Noir,

Le Papa Pied noir entre et se présente,

de Maman-Pied-Noir,

La Maman Pied noir entre et se présente,

et de leur fils Jeannot, déguisé en parachutiste, fier de lui.

Jeannot se présente et s'assied au pied du monument,

Le 14 ou le 15 mai.

Séquence 3 :

Jeu de Papa et Maman autour et en rapport avec la statue ( dévoilement progressif du para,………) . Jeannot « fâché » à cause du béret , assis au pied du monument .

Le Papa : Jeannot, ta maman te l ' a déjà dit : on ira à la plage demain. Et puis tu devrais être heureux de te promener comme ça ; tout le monde te regarde, tout le monde t ' admire...

Jeannot : Je voudrais un béret rouge, comme Pierrot !

Le Papa : Tu voudrais, tu voudrais... Moi aussi, je voudrais bien des choses

La maman : Il n ' y en avait plus, de bérets rouges, nulle part.

Jeannot : Bien sûr ! Vous avez attendu le 13 Mai, alors tous les petits garçons ont voulu avoir des bérets rouges...

Le Papa (sévère) : Le béret vert est aussi un béret français, Jeannot.

Séquence 4 :

Jeu de Papa autour et en rapport avec la statue ( dévoilement de l'Algérien)

Voix du journaliste Grenier de la mémoire ( au micro)  : Passe un Algérien qui vend des cacahuètes. En passant, il frôle involontairement de son panier le coude de Papa-Pied-Noir.

Le Papa : Dis donc, tu pourrais faire attention, quand tu passes avec ta camelote ! T ' entends pas, on te parle ! Tu sais pas le français, peut-être ?

Voix du journaliste : L ' Algérien s ' arrête et ne dit rien. Passe un sergent-para, il s ' arrête à son tour.

La Statue Sergent Para  

Le Papa : Si tu ne sais pas le français, moi, je peux te l ' apprendre.

La Maman (riant ) : Quand ton papa se met en colère !...

Jeannot (épaulant son petit fusil et visant le « Musulman »)  : Et toc

Séquence 5 :

La Statue Sergent Para   s'anime. Sergent Para   s'adresse au Papa.

Le Sgt Para : Laissez ce musulman tranquille, je vous en prie !

Le Papa (écumant) : Quoi ?... Qu ' est-ce que vous ?...

Le Sgt Para : On vous dit de laisser ce musulman tranquille 1

Le Papa : Ce salaud-là a bousculé le petit, et je le laisserais faire?... Alors, on est pour les bicots, à présent ?

La Maman : C ' est vrai, Monsieur l ' Officier, le bicot, il a bousculé Jeannot !

Le Sgt Para : Nous, on a des ordres. Fini, on moleste plus les musulmans. Le 13 Mai, tu comprends ? Depuis le 13 Mai, on fraternise !

Le monument se modifie : Sergent Para force l'Algérien à une fraternisation plus manifeste.

Séquence 6:

Le Papa (haussant les épaules ) : On fraternise... on fraternise...

La Maman : Laisse, Anatole ! (Au sergent-para, très affable) Vous voyez, Jeannot, on l ' a habillé comme vous ! (Jeannot salue militairement les paras)

Le Sgt Para : Oui, oui, t ' es beau, mon petit gars ! (Au papa) J ' ai peut-être été un peu brusque avec vous, monsieur, mais les ordres c'est les ordres, chez nous, c'est les ordres ! Et comme avec le Général, on les intègre à présent…Et qu ' on prépare la petite cérémonie devant le G.G...

La Maman : Ah oui ! C ' est la politique du Général ! En attendant que le Général...

Le Sgt Para : Peut-être... (Souriant) Et sans rancune, messieurs-dames.

Le Sergent Para se re-fige en statue.

Séquence 7: Devant le monument à présent dévoilé.

Le Papa : Ceux-là !

La Maman : Quoi, ceux-là ? Ils nous ont protégés, tout de même. Rappelle-toi : avant les barbelés, à la casbah...

Le Papa (s ' épongeant le front de son mouchoir) : Moi, je suis Français, et puis je n ' aime pas qu ' on me regarde comme ce type-là m ' a regardé. J ' y peux rien, j ' aime pas ça.

27 avril 2007  : sous le regard d'un directeur d'acteurs (Ahmed Ferhati )

Mise en jeu du Tableau I

Observations  :

•  Affirmer nettement la forme choisie de théâtre archaïque avec l'entrée - en oblique – des parents, et leur adresse face public; travailler avec précision les étapes de découverte de la statue du Para par Jeannot, puis par les parents, puis le dévoilement de la statue de l'Algérien ;

•  Dans les lignes d'arrangement de l'ensemble du tableau, travailler à complexifier les enjeux et le parcours de chacun des personnages :

•  Pour Jeannot : complexifier le scénario d'embuscade, parcours de jeu de guerre vidéo ; dans son rapport au para au béret rouge peut-être jette-t-il le béret vert que sa mère lui a acheté !; peut-être est-ce pour lui la découverte de son métier ? Je serai un jour para !!

•  Pour Papa Pied Noir : comment se joue la contrariété dans ses efforts pour fraterniser : aujourd'hui on doit fraterniser, demain on ira à la plage !

•  Pour Maman Pied Noir : comment contraster des intentions qui changent entre l'idée de fraterniser , de faire plaisir à son Anatole et à son Jeannot et celle de protéger les siens… ?

•  Le Para et l'Algérien du monument sont aussi plusieurs figures selon les différents tableaux.

•  L'Algérien du Tableau I porte une médaille française, il est statue du collaborateur – alors que dans l'imagerie proposée par le journaliste il est « un vendeur de cacahuète » et pour la famille il est et reste un bicot… Dans le Tableau III, l'Algérien serait statue de la résistance, sur laquelle le jeune algérien d'aujourd'hui plante le drapeau français. ( Tableau II : à voir…)

•  Le Para présente aussi plusieurs figures selon ce que dit le pouvoir, selon les ordres différents qu'il a reçus, selon ce qu'il sait d'une rébellion qui va s'organiser … Il tient un double discours : le discours officiel et ses commentaires à lui.

Relance dramaturgique :

A propos de la question du traitement en tableaux  : Pas de jeu en continu. Pas de lien de continuité. Chaque tableau vient à côté, distinctement, après le précédent tableau. Dans chaque tableau : la statue. Qu 'est qui fait que c'est la « même » statue ou une « même » statue ? Qu'est-ce qui distingue chaque statue des autres statues ?, comme quand un peintre fait une série de tableaux à partir d'une même idée, même à différents moments de sa vie.

A propos de la question du trop plein ou du vide de sens, en soi du symbolique  : Un exemple de conflit de contenus particuliers à propos d'une statue : cf .Article des DNA « Querelle pour une statue »( P ;J ;)

Pour éclairer l'usage du mot « musulman » dans la pièce d'Adamov  : cf genèse du mot du point de vue du FLN dans l'article de la revue Raison Présente n°159 du 3 ème trimestre 2006: » L'ALGERIE, LA NATION ET L 'ISLAM : LE FLN, 1954-1962 ( Gilbert Meynier)

29 .04.2007– Courriel du Groupe Visions –

Notre travail d ' écriture avance petit à petit.

Nous essayons d ' être en adéquation avec nos sensibilités sur un sujet si explosif...

4 mai 2007 : Mettre en jeu le Tableau II

En ouverture à la séance, pour éclairer notre regard – et notre oreille !-, on se passe des documents sonores ( France Inter des années 60/ Publicités radiophoniques) : sketches radiophoniques : la morue ; Pub : Banania …. Choix de morceaux à décider…

Entrée de mise en jeu du Tableau II

Selon le principe adopté de discontinuité dans le traitement des tableaux, pour ce tableau, qu'est qui fait que c'est la « même » statue Et qu'est-ce qui la distingue de la statue du tableau I ?

C'est l'idée d'égalité qui est mise en avant – sans pour autant gommer l'idée de solidarité mise en avant au tableau I ;

Eléments pour l'arrangement  du tableau II  :

Le monument représente le Sergent Para portant son arme avec l'Algérien lui aussi armé et portant sur son costume du tableau I, une veste militaire.

Le Journaliste (en reportage ? ) informe et commente: La rue Revigo , à Alger. Un car de police, pas loin mais invisible. Les paras cherchent les Algé­riens pour la manifestation du 16 Mai. La fra­ternité franco-musulmane vaut bien quelques efforts.

L'Algérien dépose son arme, descend de la stèle et avance au centre face au public.

Premier Para et Second Para entrent armés chacun d'un côté.

Premier Para à l'Algérien  : Qu ' est-ce que tu fais là, toi ? Tu ne sais pas qu ' on va au G.G., peut-être ? ..... Eh bien, à présent, tu le sais.

Second Para : Et tu nous suis, dans le camion .

L ' Algérien ne bouge pas.

Premier Para : Je t ' ai demandé ta carte d ' identité ! Tu ne sais pas le français, peut-être ?

Second Para : On peut te l'apprendre, si tu veux !

Le Sergent Para désarme et dépose son arme. Premier Para et Second Para le regardent et déposent eux aussi leurs armes  : Ça va, vous ! Alors, le 13 Mai, c ' est comme si ça n ' avait pas existé ?

Le Sergent Para descend de la stèle et rejoint l'Algérien . N ' aie donc pas peur ! Fini ! Maintenant on est tous Français, tous frères. Le Général, tu connais ? Tu vas monter dans le camion avec nous, et puis devant le G.G. on te la rendra, ta carte !

Premier Para habité par l'esprit de solidarité  : On te le rendra, ton papelard ! Mohammed ! Encore un !

Second Para, riant, habité par l'esprit de solidarité : Si on ne te la rendait pas, évidemment, tu serais pas fier !

Premier Para : Et tu te retrouverais à Lodi...

Second Para : Où qu ' on s ' amuse !

Premier Para : Mais comme le sergent te l ' a dit, maintenant on est tous Français. Plus de différence. Algérie Fran­çaise !

Second Para  : Seulement quand on est Français, on se grouille !

Premier Para : Et on fait comme tout le monde ! On crie : « Vive le Général de Gaulle ! » Compris ?

Second Para : Et vive la France !

Tous : Et vive la France !

L'Algérien reste immobile.

Premier Para   et Second Para regardent le public et s'avancent vers lui.

Premier Para : Pourquoi que tu nous regardes comme ça ? J ' ai­me pas moi, qu ' on nous regarde comme ça !

Tous regardent le public, immobiles tandis que la bande son faire entendre :

T ' es qui toi, t ' es qui moi ?

T ' es pas qui, t ' es pas quoi !

T ' es qui toi, t ' es qui moi ?

Mais toi, t ' es qui ? T ' es quoi ?

N ' oublie pas qu ' avant toi, y ' en a d ' autres que toi

Et qu ' après toi, crois-moi, y ' en aura, y ' en aura ...

T ' es qui toi, t ' es qui moi ?

T ' es pas qui, t ' es pas quoi !

T ' es qui toi, t ' es qui moi ?

Mais toi, t ' es qui ? T ' es quoi ?

Y ' en aura de la bavure et des collés au mur

Et dans ce tas d ' ordures, y ' aura-ti toi, y ' aura-ti moi ?

Y ' aura-ti toi, y ' aura-ti moi ?

Y ' aura-ti les langues de bois ?

Des ciels en tout cas, y ' en aura !

Du sang qui coule, y ' en aura pas !

T ' es qui toi, t ' es qui moi ?

T ' es pas qui, t ' es pas quoi !

T ' es qui toi, t ' es qui moi ?

Mais toi, t ' es qui ? T ' es quoi ?

Y ' aura-ti toi, y ' aura-ti moi ?

Y ' aura-ti les langues de bois ?

Des ciels en tout cas, y ' en aura !

Du sang qui coule, y ' en aura pas !

Il n ' était qu ' une fois, où ça ne finira,

Mais tout ça, mais tout ça, c'est entre toi et moi !

T ' es qui, dis-moi, si t ' es pas toi ?

Si t ' es pas moi, dis-moi t ' es qui ?

T ' es qui toi ?

T ' es qui moi ?

T ' es qui toi ?

ya h ' awj-i, yana, h ' awj-i ! (pauvre de moi !)

(répété plusieurs fois)

……………………………………………

Extrait de « Tékitoi »

Paroles : Christian Olivier - Musique : Rachid Taha , Steve Hillage

Vendredi 11 mai 2007

Le Tableau III ? Quel arrangement pour ce tableau ? Quelle transformation du monument ? Quels signes construire pour rendre lisible l'idée de liberté ?

Nous voilà tous en panne…

Nous décidons de reprendre l'arrangement du Tableau I.

Reprise du Tableau I :

D'un point « capiton » du Tableau :

Le dévoilement progressif du monument qui fait apparaître d'abord le béret rouge du sergent Para, ensuite ( et contre l' attente peut-être d'un autre béret rouge ou vert !) une tête d' Algérien et enfin – à la surprise générale des protagonistes et celle du public la poignée de main fraternelle du Para et de l'Algérien. C'est autour de cette image de la fraternité que peut devenir lisible sa critique : il faut la faire fonctionner mais ça ne marchera pas !

Petites notes en vrac 

Parcours et rapports entre les personnages :

° Maman Pied Noir : saisie âme et corps par le sergent Para sait vers où fraterniser……..

° Papa Pied Noir : s'il est contre la fraternisation franco-musulmane, s'il a bien saisi le jeu et mode de fraternisation de sa femme, il y a une relation en lui et l'Algérien à trouver ( répulsion/séduction ???)…….

° Jeannot : le parcours du gamin même rêvant d'un destin de parachutiste, a des positions à prendre face à l'Algérien ( Et toc…), face à celles de sa mère et de son père….

Eléments de mise en forme :

•  Musique d'époque avant l'ouverture du « rideau rouge » et la fermeture du tableau et du rideau.

•  « Pub » (Banania) sur promenade de la Famille Pied Noir

Observation :

Pour rendre lisible le « feuilleté » des différentes strates de récit et de sens, la brièveté du tableau ne doit en aucune manière être happée par la précipitation du jeu. Plus on avance, plus le jeu de précision s'impose.

14 .05. 2007 – Courriel du Groupe Visions –

Si nous devions donner un nom à notre petite recherche d ' écriture et de montage de texte il serait celui-ci: "Je-nous-ils ou tête de noeud".

Nous allons lire et dire et jouer s ' il se peut une partie des textes écrits suite à la lecture de Je ne suis pas français d ' A.Adamov. Lecture qui nous a d ' emblée lancé le thème de l ' identité, et à chacun d ' écrire en fonction de ce qui le touche.

Voici quelques extraits:

"... Je ne dis pas nous : tu n'es plus là. J'ai fait le pari de la solitude. Avec toi. J'ai perdu. Toi qui m'a accueilli et qui n'a rien dit. Je me suis intégré à toi. J'ai été curieux de ta culture. Nous parlons la même langue mais je ne la comprends pas. Je me suis plongé dans la lecture de tes livres sans y rien comprendre. Juste profiter de l'odeur. L'odeur si particulière de ta culture. Vieille, acide, poussiéreuse et vivante. Chez moi, on écrit très peu. On se parle. Toi qui m'a accueilli. Tu ne m'as rien dit. J'aurais aimé te parler une dernière fois. Si j'avais réalisé que je ne m'éveillerais pas à tes côtés, j'aurais pris le temps de te dire des choses. Ne pas poser de questions. Pas de ça entre nous. Mais te dire. Echanger. Partager. Partager et échanger.

Mais tu es parti.

Et je vais partir aussi.

Cette maison ne m'appartient pas.

Ta langue ne m'appartient pas.

Tu ne m'appartiens pas.

Rien ne m'appartient.

Plus rien ne m'appartient."

Esclavage moderne

Lavage moderne

(où il faut mettre du produit qui rend doux, et gentil, un assouplicon) 

Pourquoi tu manges ça

Je ne sais pas

Pourquoi tu écoutes ça

Je ne sais pas

Pourquoi tu lis ça

Je ne sais pas

Pourquoi tu ne sais pas

Je ne sais pas

"Il a sculpté une boule.

Bien ronde-poncée à point.

Puis Il a pris un crayon et tracé des formes géométriques.

Dans un losange, Il a mis des pions rouges.

Dans un carré, Il a mis des pions violets.

Je suis un pion jaune qui vie dans un hexagone."

 

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