Cet texte est téléchargeable au format word, cliquez ici...
AVERTISSEMENT
Comment un ensemble de professionnels du théâtre réunis en un lieu de la parole égalitaire élaborent du commun dans une démarche de construction théâtrale qui réinvente à chaque instant l’interdépendance. Et comment ils donnent à voir cet en-commun dans toute sa diversité ? Comment est-ce possible ? L’élaboratoire est l’instance d’élaboration d’une telle politique égalitaire au théâtre, non déterminée par l’idée de production. Du moins de sa tentative.
Et la tâche que se donne l’élaboratoire n’est pas facile. Car hormis la question thématique et le cadre général de fonctionnement déjà déterminés, l’essentiel est à définir. Et la tentation du consensus au « dénominateur commun » pas nécessairement le plus petit , le recours – forcément rassurant - à des dispositifs techniques d’approches et d’organisation résolutifs ou encore la surenchère surdéterminante des « subjectivités » - forcément neutralisante, risquent de dévoyer les enjeux.
Ce Bloc-notes mensuel vise à rendre compte de cette élaboration d’un en-commun à travers les essais, les tentatives de définition et de méthodes, les hésitations et somme toute, à faire d’une certaine manière Histoire.
Janvier 2008
A partir de la question : « Qu’est-ce qui fait Histoire dans les histoires de théâtre qui s’écrivent aujourd’hui ? », comment choisir les 4 objets de travail pour les 4 rendez-vous publics de 2008 ?
Premier mouvement : l’élaboratoire prend connaissance et prend en considération tous les matériaux textuels proposés par les membres de l’élaboratoire qui le souhaitaient.
A partir des propositions de ce qui, pour chacun, est important à porter sur scène aujourd’hui au regard de la question, ce qui peut créer une mémoire pour l’avenir, l’Elaboratoire a défini en commun 4 « Entrées » :
- Comment créer aujourd’hui une mémoire lisible pour l’avenir ? ou encore : comment un événement proche de nous peut-il « faire histoire », au théâtre ? (chute du Mur… les FARKS…. Khadafi-Sarkozy…/ Matériau évoqué : Dario Fo : « Faut pas payer »….)
- Vertus & Vices du pouvoir ou le danger du pouvoir est en nous !Matériaux évoqués: Cioran « l’école des tyrans » / Jelinek « Bambiland » (Etre et paraître)/Machiavel/ « Les Bienveillantes »…/ Lettre de Gandhi à Hitler…
- L’enlisement de l’homme ? Matériaux évoqués: Agadir de Mohamed Khaïr-Eddine, Les 3 sœurs d’Anton Tchékov , Héraklès 5 de Heiner Muller. Et (décision en suspens), Terres Mortes de Franz Xaver Kroetz
- Histoire et ballades. Matériaux évoqués: « Le Paradis du sens » de Jean-Christophe Bailly
Les difficultés rencontrées pour déterminer des propositions et opérer des choix sont de plusieurs ordres.
Il y a sans doute celles inhérentes à la problématique Théâtre, Histoire…
Une problématique qui se présente – pourrait-on dire - comme une vieille question à laquelle le théâtre a tenté, tente de répondre de bien des manières : Histoire comme référence, comme nourriture, comme miroir, comme leçon ou encore comme grande absente… !
Une problématique qui met face à une tension entre les deux domaines aujourd’hui peut-être en crise ? Alors l’historien est-il ennemi de l’artiste ? Et l’artiste, comment se positionne-t-il face à l’historien ?
Un rapport éminemment troublant à la question de ce qu’on veut poser, porter ensemble sur scène aujourd’hui ?
Mais la principale difficulté est peut-être celle qui concerne le positionnement de chacun – et de son métier, comédien, metteur en scène, dramaturge… - dans l’Elaboratoire.
Questions qui se posent: un comédien peut-il proposer une pièce à un autre comédien ? Qui est le mieux habilité à proposer une pièce quand il n’y a pas de metteur en scène ? Que les dramaturges proposent alors !
Comment se déplacer de son mode habituel d’écoute, d’engagement, de décision.
Deuxième mouvement : A partir des 4 « Entrées » et de leur corpus de textes, pour – à titre de première hypothèse - choisir un ordre et formuler le parcours en 4 temps qui rende compte de « ce qu’on veut dire ! »
Cet objet de travail a été considéré comme impossible – les textes n’ayant pu être lus par tous.
La séance d’élaboratoire s’est transformée en une séance de lecture-découverte à partir d’un premier axe choisi – un peu au hasard ? – « L’enlisement de l’homme ? » du texte : « Agadir » de Mohamed Khaïr-Eddine
Cette méthode est adoptée pour l’ensemble du corpus de cet axe : Les trois sœurs de Tchékov, Héraklès 5 de Heiner Muller
A propos de la méthode choisie : le cercle de lecture. Si l’entrée en théâtre commence – nécessairement ( ?) - par la lecture ensemble , s’il importe de procéder ainsi, la question est de savoir comment chacun écoute ou plus précisément d’où chacun écoute-t-il ? De là où il se confirme à lui-même sa propre subjectivité ? De là où la question commune le regarde ? Peut-on vraiment lire sans induction dramaturgique ? Lire ensemble ne veut pas dire créer de l’en-commun automatiquement même si l’on peut considérer qu’elle est peut-être une des manières de s’y mettre en chemin ? Encore faudrait-il explorer plus avant d’autres formes de lecture, à inventer?
L’élaboratoire peut-il continuer à fonctionner ainsi ?
Troisième mouvement : premières décisions
La première décision de l’élaboratoire est au risque de la prendre ? Elle fut prise. Laquelle ?
Celle d’engager une première unité de travail sur « L’enlisement de l’homme », avec les deux morphistes qui se sont déclarés et son rythme et son calendrier de travail (de février à juin 2008) cf les Carnets du procès de mise en forme
Celle de poursuivre le travail d’élaboratoire pour examiner les 3 autres axes arrêtés. Ce travail de février à juin 2008 devrait permettre la mise en place d’unités de travail parallèles et de rencontres publiques en septembre, octobre et novembre 2008.

