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CHŒUR DES VIEILLARDS DE THÈBES
Beaucoup est monstrueux. Rien cependant qui soit
plus monstreux que l'homme.
Car lui, sur les ténèbres
de la mer, quand souffle contrele vent
le vent du sud, il va
dans les demeures soulevées bruissantes.
Et d'entre les Célestes, la sublime Terre,
l'impérissable, inépuisable,
il l'écorche; de la charrue qui force,
année après année,
il la sillonne, avec la descendance
des chevaux. Et le peuple des oiseaux au rêve
léger, il en fait capture et la chasse;
et le cortège des bêtes sauvages,
et la race vivant du sel au fond des mers,
dans ses filets ourdis,
l'homme avisé.
Il prend au piège le gibier
qui vague dans la nuit sur les montagnes.
Il courbe sous le joug le col
du cheval à la rude crinière, ainsi que
le taureau indompté qui parcourt la montagne.
Et la parole, et l'aérienne
pensée, et l'orgueil qui domine les cités
il s'en est instruit, comme à fuir
le souffle humide des collines
inhabitables, les traits de la pluie mauvaise.
Expert en tout, inexpert. Il n'arrive à rien.
Le lieu promis aux morts
seul, il ne sait le fuir,
comme il ne sait trouver remède
aux lourdes épidémies.
Sage en quelque part et maître du savoir-faire
dans les arts, plus qu'il ne peut espérer,
il va tantôt vers le pire, tantôt vers le bien.
Il outrage les lois de la Terre et la foi
jurée aux Puissances de la Nature
Haut dans la cité, incivil :
il n'arrive à rien quand le beau
est avec lui et l'insolence.
Qu'il n'entre dans mon foyer ni qu'il soit
au nombre de ceux qui partagent mes pensées,
celui qui agit de la sorte.
L’Antigone de Hölderlin Traduction Philippe Lacoue-Labarthe
CHOR DER THEBANISCHEN ALTEN
Ungeheuer ist viel. Doch nichts
Ungeheuerer, als der Mensch.
Denn der, über die Nacht
Des Meers, wenn gegen den Winter wehet
Der Südwind, fähret er aus
In geflügelten sausenden Häussern.
Und der Himmlischen erhabene Erde
Die unverderbliche, unermiüdete
Reibet er auf; mit dem strebenden Pfluge,
Von Jahr zu Jahr,
Treibt sein Verkehr er, mit dem Rossegeschlecht’,
Und leichtträumender Vögel Welt
Bestrikt er, und jagt sie;
Und wilder Thiere Zug,
Und des Pontos salzbelebte Natur
Mit gesponnenen Nezen,
Der kundige Mann.
Und fängt mit Künsten das Wild,
Das auf Bergen übernachtet und schweift.
Und dem rauhmähnigen Rosse wirft er um
Den Naken das Joch, und dem Berge
Bewandelnden unbezähmten Stier.
Und die Red' und den luftigen
Gedanken und städtebeherrschenden Stolz
Hat erlernet er, und übelwohnender
Hügel feuchte Lüfte, und
Die unglüklichen zu fliehen, die Pfeile. Allbewandert,
Unbewandert. Zu nichts kommt er.
Der Todten künftigen Ort nur
Zu flichen weiss er nicht,
Und die Flucht unbeholfener Seuchen
Zu überdenken.
Von Weisem etwas, und das Geschikte der Kunst
Mehr, als er hoffen kann, besizend,
Kommt einmal er auf Schlimmes, das andre zu Gutem.
Die Geseze kränkt er, der Erd' und Naturgewal’ ger
Beschwornes Gewissen;
Hochstädtisch kommt, unstädtisch
Zu nichts er, wo das Schöne
Mit ihm ist und mit Frechheit.
Nicht sey am Heerde mit mir,
Noch gleichgesinnet,
Wer solches thut.
L’Antigone de Hölderlin
