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"Le lieu du commun"

Pourquoi Théâtre, Histoire ? ou pourquoi nous faisons (encore) du théâtre aujourd’hui ?

 

« Pourquoi revenir sur l'origine perdue de notre théâtre occidental ?... Pour essayer inlassablement de prendre la mesure de l'événement que fut le commencement grec du théâtre sans doute, pour marquer le point du sens et de la mort certes, mais surtout pour essayer de comprendre le lieu de notre parole aujourd'hui. Car le changement qui affecte - j'ai essayé de l'indiquer sommairement - notre mode d'être est à l'évidence une rupture aussi radicale avec l'Ancien que celle que les Grecs eurent à affronter et à comprendre avec l'invention de la cité.
Mais, si nous n'en avons pas fini avec les Grecs, cela suppose pour le théâtre, non pas de les répéter, mais de prendre à nouveau le risque de l'impossible. Or, l'impossible serait en quelque sorte le temps et la parole du commun au moment de leur disparition —dans le mouvement de leurs consumations. Car, pour le monde de la transparence absolue et de la commu­nication illimitée, tout est toujours déjà là, tout est toujours déjà donné, tout est interchangeable — le temps n'a plus de prise sur les choses, il est pour ainsi dire annihilé dans son sens. Le caractère défini des formes, des limites, des frontières est effacé. Rencon­trer à nouveau les choses et les êtres, les faire appa­raître — se souvenir du temps (comme ce qui passe, comme commencement et comme fin !) tel qu'il fait apparaître, tel qu'il donne les choses et les êtres dans leur vieillissement... Cela pourrait être une des tâches du théâtre face à l'illimité atemporel, face à la déterri­torialisation. L'impossible pour le théâtre serait alors de concevoir à nouveaux frais, loin des regrets, un espace où le temps ne serait pas détruit — un espace commun qui serait forcément une terre d'accueil. Le lieu du commun comme expérience du fini. Encore une fois : nous sommes, par le commun qui se mani­feste par la langue, au péril du commun. Et cela, il importe au théâtre de le rendre à nouveau visible »

Michel Deutsch, «  Le lieu du commun » in « Où va le théâtre ?»

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